Le procès opposant le ministère public à la chroniqueuse Virginie Manganga s’est ouvert devant les instances judiciaires, le collectif d’avocats de l’artiste musicien Fally Ipupa, composé de maîtres Dorothée Madiya Mwamba, Alfred Dibandi Nzondomyo et Paquis Nganini Atabakutuba, a échangé mercredi 30 septembre avec la presse à Kinshasa, afin de préciser sa démarche dans ce dossier impliquant également une certaine l’influenceuse Colette Mutuza. Cette dernière était l’invitée d’un live sur le compte TikTok animé par la journaliste Virginie Manganga (aux arrêts), vivant à Kinshasa, au cours duquel elle a évoqué, selon ses propres déclarations, un supposé lien amoureux avec le chanteur. Elle a également réclamé d’importantes sommes d’argent, en menaçant de publier des images intimes de la star de la rumba congolaise.
Selon les éléments présentés par la défense, l’affaire est née de publications et d’interventions sur les réseaux sociaux concernant la vie privée de l’artiste. Les avocats de Fally réaffirment avoir engagé des poursuites judiciaires en RDC, en France et en Australie, visant la congolaise Collette, une assistante sociale vivant hors RDC. Maître Dorothée Madiya Mwamba a d’abord tenu à clarifier le rôle des avocats dans la procédure. Elle assure que le collectif ne prétend pas déterminer lui-même la culpabilité des personnes visées.
« Porter plainte ne signifie pas ordonner l’arrestation de quelqu’un. Les avocats peuvent saisir la justice et exposer les faits qu’ils estiment constitutifs d’infractions, mais c’est ensuite aux autorités judiciaires compétentes d’apprécier les faits, de mener les investigations et de prendre les mesures prévues par la loi. Notre rôle d’avocats n’est pas de condamner publiquement une personne. Il appartient à la justice de qualifier juridiquement les faits », a déclaré Maître Dorothée Madiya.
La défense de Fally Ipupa affirme qu’un live TikTok organisé le 24 août dernier avait notamment donné la parole à Colette Mutuza, qui aurait formulé différentes allégations concernant le Chevalier dans l’ordre national du Léopard. Selon Dorothée Madiya, un élément sonore à caractère sexuel, présenté comme attribué à Fally Ipupa, aurait également été diffusé au cours de ce livestream et relayé sur les réseaux sociaux. La défense précise que la véracité, l’origine et la qualification juridique de ces éléments relèvent désormais de l’examen des autorités compétentes.
« Sans en vérifier l’authenticité, elle (Virginie Manganga ) a également commenté et relayé certains de ces éléments sur son compte TikTok personnel, dans le but de jeter le discrédit sur la personne de mon client. Nous invitons aussi chacun à faire preuve de mesure dans la reproduction ou les commentaires d’éléments présentés comme concernant la vie privée de notre client. Lorsqu’un contenu circule sur les réseaux sociaux, sa seule diffusion ne permet pas nécessairement d’en établir l’origine, l’authenticité, le contexte ou les conditions dans lesquelles il a été obtenu. C’est pourquoi nous appelons chacun à privilégier les faits vérifiables, les informations judiciaires établies et les sources identifiables, plutôt que la reprise ou l’amplification de contenus dont la portée ou l’authenticité ne sont pas établies », a déclaré Dorothée Madiya.
L’avocate a insisté également sur la différence entre rendre compte d’une procédure judiciaire et reproduire des éléments relevant de la vie privée. La défense de Fally Ipupa appelle par ailleurs à la prudence dans la diffusion de contenus sur les plateformes numériques.
Pour Maître Dorothée Madiya, la circulation massive d’un contenu sur les réseaux sociaux ne suffit pas à établir son authenticité ou sa légalité. Elle invoque également le code du numérique et les dispositions relatives à la protection des données personnelles, à la dignité humaine et à la vie privée.
« Le fait qu’une information circule déjà sur les réseaux sociaux ne signifie pas qu’elle devient automatiquement licite à reproduire. La viralité n’est pas une source de légalité. Le numérique ne crée pas une zone de non-droit. L’Internet n’efface pas le droit. Les réseaux sociaux ne suspendent pas la Constitution », a martelé Dorothée Madiya.
Face aux interrogations suscitées par cette affaire, le collectif assure ne pas chercher à faire disparaître le dossier de l’espace public. Les avocats disent accepter que les médias parlent des plaintes, des juridictions saisies et de l’évolution de la procédure, tout en demandant que les contenus privés dont l’origine ou l’authenticité ne sont pas établies ne soient pas amplifiés. Le collectif affirme enfin vouloir laisser les autorités judiciaires déterminer les faits et leurs éventuelles qualifications.
« Nous ne demandons pas aux journalistes de se taire. Nous ne demandons à personne de prendre parti pour notre client. Ce n’est pas notre démarche. Nous demandons simplement à toute personne, à tout professionnel des médias, d’être objectif et de faire son travail dans le respect des lois de la République. Nous ne demandons aucun privilège pour notre client, M. Fally Ipupa. Nous demandons l’application d’un droit qui appartient à chacun : le droit à la vie privée », a insisté Maître Dorothée Madiya.
La défense conclut en appelant à laisser les procédures engagées en RDC, en France et en Australie suivre leur cours.
« Notre client a choisi de ne pas alimenter publiquement cette affaire et de laisser désormais ses conseils et les autorités compétentes faire leur travail. Nous demandons l’application d’un droit qui appartient à chacun : le droit à la vie privée. Un droit qui appartient à l’artiste comme aux citoyens anonymes. Un droit qui ne disparaît pas même lorsque la personne est célèbre. Et un droit que les réseaux sociaux ne peuvent pas abolir. La justice est désormais saisie. Nous lui faisons confiance et nous invitons chacun à laisser le droit suivre son cours », a indiqué Dorothée Madiya.