La desserte de l’électricité en République démocratique du Congo, les contraintes auxquelles fait face la Société nationale d’électricité (SNEL) et les perspectives d’amélioration ont été au centre d’un briefing de presse organisé jeudi 1er octobre à Kinshasa. Co-animée par le directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba, et le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, la rencontre a permis de faire le point sur les capacités actuelles du système électrique et les solutions envisagées pour répondre à une demande en constante progression.
Présentant l’état des lieux du secteur, Teddy Lwamba a indiqué que le parc productif de la SNEL dispose d’une capacité installée d’environ 2 800 MW. Toutefois, la puissance effectivement disponible se situe actuellement entre 1 900 et 2 000 MW, en raison notamment de l’indisponibilité de certains équipements.
Selon le directeur général de la SNEL, cette situation doit être replacée dans l’évolution de la demande nationale. Il a rappelé qu’après la mise en service d’Inga 2 en 1982, la capacité de production permettait de couvrir largement les besoins du pays, dans un contexte où la consommation industrielle était encore relativement limitée.
La libéralisation du secteur minier à partir de la fin des années 1990 a profondément modifié cette situation. L’arrivée de nouveaux opérateurs industriels a entraîné une progression importante de la demande en électricité, poussant la RDC à recourir davantage aux importations et à renforcer les interconnexions avec les pays voisins.
Teddy Lwamba a notamment évoqué les importations en provenance de la Zambie, qui atteindraient aujourd’hui près de 375 MW. Cette capacité d’importation ayant atteint ses limites, la SNEL estime désormais nécessaire de renforcer prioritairement la production nationale.
Kinshasa face à un déficit de puissance
La situation est particulièrement sensible à Kinshasa. Selon les données présentées par la SNEL, la demande en période de pointe est estimée à environ 620 MW, avec des pointes pouvant atteindre 700 MW.
Pour faire face à l’insuffisance de l’offre, la SNEL recourt au délestage, présenté comme un système de rotation permettant de répartir l’énergie disponible entre différentes zones de la capitale.
Le directeur général a toutefois indiqué que des efforts ont été réalisés sur les réseaux de transport et de distribution. Ces interventions auraient permis d’augmenter d’environ 140 MW la capacité d’injection dans le réseau de Kinshasa, notamment grâce à des travaux réalisés sur certaines infrastructures, dont le poste de Makala.
Cette amélioration du réseau ne suffit toutefois pas à résoudre le problème lorsque la puissance produite demeure insuffisante.
Teddy Lwamba a expliqué que la SNEL avait atteint, entre le 11 juin et le 15 juillet, un niveau d’injection d’environ 700 MW à Kinshasa. Cette performance a ensuite été suivie d’une baisse après la sortie du réseau du groupe G25 pour des raisons de contrôle technique.
La puissance injectée dans la capitale se situerait actuellement entre 390 et 450 MW, selon les données présentées lors du briefing. Cette situation contribue au maintien des rotations de fourniture d’électricité, avec des périodes de délestage pouvant atteindre plusieurs heures par jour.
Réhabiliter les équipements et augmenter la production
Face à ce déficit, la SNEL entend agir en priorité sur son outil de production. Teddy Lwamba a insisté sur la nécessité de remettre en service les équipements indisponibles et d’investir dans de nouvelles capacités.
La réhabilitation des installations d’Inga 1 et Inga 2 figure notamment parmi les pistes évoquées. L’objectif est de récupérer progressivement des capacités de production aujourd’hui indisponibles et de renforcer l’offre disponible pour le réseau national.
La SNEL travaille également sur des solutions permettant d’accroître rapidement la puissance disponible à Kinshasa. Parmi les options étudiées figurent notamment les centrales photovoltaïques et les centrales flottantes.
Sur ce dernier point, Teddy Lwamba a cité l’expérience menée au Ghana avec des centrales flottantes, estimant que ce type de dispositif pourrait constituer une solution complémentaire pour répondre rapidement à une partie des besoins. Sa mise en œuvre en RDC nécessiterait toutefois des mécanismes de financement adaptés.
Le financement au cœur des défis
Au-delà des contraintes techniques, la question financière constitue l’un des principaux défis auxquels la SNEL est confrontée.
Le directeur général a expliqué que les tarifs actuellement appliqués ne permettent pas toujours de couvrir le coût de certaines nouvelles capacités de production. Il a notamment cité l’exemple du solaire, dont le coût de production serait supérieur au tarif actuellement appliqué à une partie de la clientèle basse tension.
À cette contrainte s’ajoutent les difficultés de recouvrement auprès de certaines catégories d’abonnés, ainsi que les actes de vandalisme et les pertes enregistrées sur le réseau.
Pour la SNEL, l’amélioration durable de la desserte passe donc par un modèle économique permettant de financer simultanément la production, la maintenance, le transport et la distribution.
Le défi consiste ainsi à trouver un équilibre entre la nécessité d’investir massivement dans le secteur électrique et la capacité de paiement des consommateurs, particulièrement les ménages.
À travers les différentes pistes présentées lors de ce briefing, la SNEL entend combiner la réhabilitation de son parc existant, l’amélioration du réseau, l’augmentation de la production nationale et le recours éventuel à des solutions complémentaires.
L’enjeu est désormais de répondre à une demande qui continue de progresser sous l’effet de la croissance démographique, de l’urbanisation et du développement des activités économiques et minières. La mise en œuvre de ces solutions reste liée à la mobilisation des financements nécessaires et à l’amélioration des performances techniques et commerciales de la société.