La justice internationale a échoué à stopper les violences en République démocratique du Congo (RDC). C’est le constat amer du procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, en visite à Kinshasa. Face à l’escalade des atrocités, il soutient l’idée d’un tribunal spécial pour juger les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité dans l’est du pays.
Depuis trois décennies, l’est de la RDC est ravagé par des massacres. Les condamnations obtenues par la CPI n’ont pas suffi à briser le cycle infernal des violences. « Les générations passent, mais les atrocités continuent », déplore Karim Khan.
C’est dans ce contexte que Kinshasa prévoit d’organiser en avril une conférence internationale sur la paix, la sécurité et la justice. L’une des principales questions à l’ordre du jour : la création d’un tribunal spécial pour la RDC. « C’est absolument nécessaire », affirme le procureur de la CPI, qui promet un soutien technique à cette initiative.
– Un tribunal « hybride » adapté à la réalité congolaise –
La forme exacte de cette juridiction reste à définir, mais Karim Khan évoque une structure « hybride », combinant juges congolais et internationaux. Un modèle inspiré de la Cour spéciale pour la Centrafrique ou du mécanisme de Justice pour la Paix (JEP) en Colombie.
Mais pour le procureur, il est essentiel que ce tribunal soit « conçu par la RDC, enraciné dans le pays et proche des victimes ». Il insiste sur une approche globale : « Il n’y a pas qu’un seul groupe armé, il y en a plusieurs. Il ne s’agit pas d’un seul conflit, mais d’une multitude ».
– « Faire rendre des comptes pour briser le cycle de violences » –
La justice doit aller au-delà des simples condamnations. « Il ne suffit pas d’un procès, puis de tourner la page », prévient Karim Khan. L’objectif est de rétablir une justice crédible, ressentie par les populations locales.
Le procureur met en garde contre une érosion de la confiance envers les institutions internationales. À l’heure où la CPI est contestée par certaines puissances, il défend un système basé sur le droit, seul rempart contre l’impunité. « Nous sommes en pleine tempête, mais nous devons défendre la justice promise depuis Nuremberg ».
– Un tournant décisif pour la RDC ? –
Le tribunal spécial en gestation représente un espoir pour les victimes des massacres en RDC. Si cette initiative voit le jour, elle pourrait enfin briser le cycle de violences et offrir une vraie justice aux millions de Congolais touchés par des décennies de conflits. La balle est désormais dans le camp des autorités congolaises et de la communauté internationale. Le moment est venu d’agir.
Landrine Niangi