En République démocratique du Congo (RDC), touchée par Ebola, pour gagner la bataille contre la maladie, il faut avant tout gagner la confiance de la population, ont indiqué mardi des responsables des agences humanitaires.
Depuis que l’épidémie a été déclarée le 15 mai, des progrès considérables ont été réalisés en matière de capacités de dépistage, a déclaré Tarik Jasarevic, porte-parole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), aux journalistes à Genève.
Le dépistage de la souche Bundibugyo, responsable de l’épidémie, est disponible dans six sites du pays : à Bunia et Mongbwalu dans la province de l’Ituri, à Bukavu et Lwiro au Sud-Kivu, à Goma au Nord-Kivu, ainsi que dans la capitale, Kinshasa.
Quatre autres laboratoires ont été mis en service en Ouganda, où des cas avaient été importés de la RDC.
Cependant, des améliorations sont encore possibles. « Nous avons des zones d’ombre où nous recevons peu d’alertes », a indiqué M. Jasarevic. « Il se peut qu’il existe des chaînes de transmission qui ne sont pas détectées. Il y a encore des personnes qui risquent de contaminer d’autres personnes, et nous devons les identifier ».
Quand la peur et les rumeurs paralysent la riposte
Bruno Michon, chef des opérations de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), partenaire des Nations Unies, a insisté sur le fait que pour enrayer la propagation, il fallait investir non seulement dans la réponse médicale, mais aussi dans l’instauration d’un climat de confiance, ce qui est un processus long et difficile.
« Mais dans le cadre de cette épidémie, ce n’est pas une option. C’est une question de vie ou de mort », a-t-il affirmé.
S’exprimant depuis Bunia, l’épicentre de la crise, il a indiqué que « certaines personnes continuent de se demander si la maladie est réelle » et pensent que l’épidémie a peut-être été « inventée » pour attirer l’aide étrangère, tandis que d’autres « considèrent les enterrements sûrs et dignes comme une atteinte à la culture et aux traditions, plutôt que comme une mesure visant à protéger les familles et les communautés ».
Le scepticisme, le doute et la peur entravent la riposte, a expliqué M. Michon.
« Lorsque les gens ont peur, ils peuvent ne pas signaler leurs symptômes », a-t-il dit. « Ils peuvent éviter les centres de traitement » par crainte de la contamination et préférer rester chez eux lorsqu’ils ont de la fièvre, « honteux de dire à leur famille qu’ils sont malades », car la maladie s’accompagne d’une forte stigmatisation.
« Les familles tentent d’enterrer leurs proches selon les pratiques traditionnelles sans connaître le niveau de risque que cela comporte », a-t-il ajouté.
Convaincre pour enrayer l’épidémie
Le responsable de la FICR a expliqué que la confiance se gagne grâce à des mesures destinées à apaiser les inquiétudes de la communauté.
« En tenant compte des remarques et préoccupations de la communauté, nous avons commencé à utiliser des sacs mortuaires dotés d’une fenêtre afin que la famille puisse voir le visage du défunt » et entamer le processus de deuil, a-t-il détaillé. « Lorsque les communautés nous ont dit qu’elles craignaient que le chlore ne soit utilisé pour les empoisonner, nous n’avons pas discuté. Nous leur avons montré comment les désinfectants sont préparés ».
« Sans confiance, nous ne pouvons pas détecter les cas à un stade précoce », a poursuivi M. Michon. « Nous ne pouvons pas garantir des enterrements sûrs et dignes. Nous ne pouvons même pas protéger les familles et nous ne pouvons pas enrayer la transmission ».
« La confiance n’est pas une activité secondaire dans la riposte à Ebola. La confiance est essentielle », a-t-il fait valoir.
Par la rédaction