Le virus tue. La peur aussi. En République démocratique du Congo (RDC), de plus en plus de femmes enceintes évitent les centres de santé par crainte d’Ebola. L’agence de l’ONU en charge des questions de santé sexuelle et reproductive (UNFPA) redoute une crise silencieuse : celle des mères et des nouveau-nés qui pourraient mourir faute de soins pourtant accessibles.
Sur le terrain, les soignants voient la même scène se répéter. Des femmes enceintes repoussent leurs consultations prénatales, contournent les établissements de santé ou choisissent d’accoucher chez elles, même lorsque des complications surviennent.
« Lorsque le virus Ebola se propage, la peur se propage également », résument les équipes médicales. Selon l’UNFPA, le danger est désormais double : certaines femmes risquent de perdre la vie non à cause du virus, mais parce que les soins capables de les sauver sont délaissés ou deviennent hors de portée.
S’exprimant depuis Kinshasa, la capitale congolaise, la Représentante adjointe de l’UNFPA en RDC redoute les conséquences de ce climat de peur.
Jusqu’à 90 % de mortalité chez les femmes enceintes infectées
« La plupart du temps, on ne leur fait plus confiance (aux équipes de santé), ou bien ces établissements ne sont plus sûrs. Nous constatons déjà les conséquences de cette situation : le taux de mortalité maternelle dans la région la plus touchée par l’épidémie d’Ebola a doublé depuis le 25 mai », a déclaré Noemi Dalmonte lors d’un point de presse régulier de l’ONU à Genève.
Sans donner de chiffres précis sur le nombre de décès maternels supplémentaires dans la province orientale de l’Ituri, épicentre de l’épidémie, l’agence onusienne craint que cette épidémie risque de déclencher « une deuxième crise, plus discrète, liée aux décès évitables de mères et de nouveau-nés ».
D’autant que les épidémies précédentes ont révélé des taux de mortalité maternelle alarmants. « Ce taux chez les femmes enceintes infectées par le virus Ebola a atteint 90 %, et les parents font face à une mortalité élevée. La mortalité périnatale concerne la période juste avant ou après la naissance ; dans certains contextes, elle atteint 100 % », a ajouté Mme Dalmonte.
Protéger les services maternels
Face à cette situation, l’UNFPA concentre son action de terrain sur la grossesse, l’accouchement, la violence sexiste et la confiance communautaire.
« Nous soutenons la prévention et le contrôle des infections dans les structures de maternité en formant le personnel, en renforçant les systèmes de lavage et de gestion des déchets, et en fournissant des équipements de protection individuelle pour les procédures impliquant des liquides corporels », a détaillé Mme Dalmonte.
Au-delà de la prévention immédiate, l’agence onusienne insiste également sur la nécessité de protéger durablement les structures de santé maternelle et les populations les plus vulnérables.
Les femmes et les jeunes filles ne doivent pas être laissées en marge de la riposte à Ebola, avertit l’UNFPA. Le risque est systémique : si les services de maternité s’effondrent, des femmes en mourront ; si le personnel de santé n’est pas protégé, ces services ne pourront plus fonctionner ; si la confiance des communautés s’érode, les patients retarderont ou éviteront les structures de soins. Et si les dispositifs de protection sont perturbés, les survivantes pourraient se retrouver sans aucun accompagnement.
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