34 ans après sa mort, les Bashi ont honoré ce samedi 24 octobre 2026, la mémoire de Sa Majesté Mwamikazi Astrida Naweza. À cette occasion, une messe d’action de grâce très symbolique, déroulée en grande partie à mashi (le dialecte des Bashi ) avec le ballet traditionnel à la place des acolytes, s’est tenue à la paroisse Sainte-Anne, dans la commune de la Gombe, en présence de notables, de fils et filles de cette communauté, pour rendre hommage à celle qu’on décrit comme une icône ayant laissé une empreinte indélébile au sein de la société de Bashi-Bahavu, et à plusieurs d’autres personnalités ayant impacté ce cercle social.
Figure emblématique de la chefferie de Ngweshe, dans le territoire de Walungu (Sud-Kivu), Sa Majesté Mwamikazi Astrida Naweza (de son nom complet : Mwamikazi Astrida Naweza Mwa-Mugaruka Bujana II, Mwa-Naluganda II) s’est imposée dans l’histoire comme une pionnière de l’émancipation et de l’administration locale en République démocratique du Congo. Elle est présentée par les Bashi comme souveraine de la communauté qui a marqué son époque par un règne placé sous le signe du leadership féminin. Visionnaire et engagée, elle s’est illustrée comme une actrice politique de premier plan.
Lors de la messe d’action de grâce, le programme phare de cet événement, les discours se sont suivis pour saluer l’engagement de l’illustre disparu et également des autres dizaines des personnalités de la communauté Bashi-Bahavu, ayant marqué la société dans leur gestion de pouvoir. Un culte célébré par des prêtres venus du Sud-Kivu, les photos des leaders de la communauté Bashi-Bahavu ont été exposé à la cour de la paroisse afin de montrer au public, majoritairement jeune, la lignée de ceux qui ont marqué l’histoire des Bashi-Bahavu.
Marie-Gisèle Masawa, l’une des notables de la communauté des Bashi-Bahavu, et présidente de l’ASBL Association pour le développement de Ngweshe (ADEN) au cœur de l’organisation de cette activité, a témoigné sur leadership de Mwamikazi Astrida Naweza, la vedette de la journée commémorative.
« La Mwamikazi est quelqu’un qui a mené des troupes ; c’est une femme. À son époque, on ne parlait pas de femme leader, mais elle l’était déjà ! Puisqu’elle a mené des troupes qui ont pu combattre Jean Schramme […] il y a eu une succession de guerres… et donc, toutes ces guerres qui ont eu lieu ce moment-là, même la sécession du Katangaise, la Mwamikazi a su mener des combats, conduire des troupes et sauver des vies », a expliqué Marie-Gisèle Masawa au sujet de la Mwamikazi Astrida Naweza.
À en croire Marie-Gisèle Masawa, la commémoration du décès de Mwamikazi Astrida Naweza, revient chaque année et toujours au mois d’octobre. L’objectif serait de faire connaître à la jeune génération l’histoire de Mwamikazi qui a institutionnalisé les droits féminins au sein de la société.
« la Mwamikazi est devenue une icône, une icône qui traverse des générations. Elle a impacté sa génération et les générations qui ont suivi, a commenté Marie-Gisèle Masawa. Il y a aujourd’hui les communautés qui ne valorisent pas les filles, mais c’est depuis très longtemps à Ngweshe, on valorise les femmes. Nous avons des femmes cheffes des groupements, à Ngweshe. Donc, la Mwamikazi que nous célébrons aujourd’hui, est devenue une icône, nous voulons que tout son héritage, soit transmis à la génération future », a soutenu la coordinatrice de l’association ADEN.
Le peuple Bashi est historiquement structuré autour de royaumes dirigés par des chefs traditionnels appelés les Mwami. Géographiquement, la communauté se trouve dans la province du Sud-Kivu, une région swahiliphone à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). D’après la coordonnatrice de l’ASBL ADEN, les Bashi sont plus de sept millions dans le pays et ailleurs à travers le monde.