En pleine lutte contre Ebola, un geste profondément ancré dans les traditions funéraires risque d’alimenter la propagation du virus. Le transport des dépouilles entre différentes localités de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), afin de permettre aux victimes d’être enterrées dans leur communauté d’origine, constitue un défi majeur pour les efforts de riposte, ont averti vendredi des agences des Nations Unies.
Derrière chaque convoi funéraire se joue un délicat équilibre entre le respect des traditions et les impératifs de santé publique. Lors d’un point de presse à Genève, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a souligné la difficulté de concilier ces deux exigences.
« Lorsqu’ils sont sur le point de mourir, les proches essaient de venir récupérer les corps et de les ramener dans leur propre communauté afin de leur offrir un enterrement digne, dans leur terre natale, ce que tout le monde souhaiterait faire dans n’importe quel autre contexte », a expliqué le porte-parole de l’OMS, Christian Lindmeier.
Une épidémie d’une ampleur inédite
Cette mise en garde intervient alors que l’épidémie est devenue la troisième plus importante jamais enregistrée. Elle progresse également plus rapidement que toutes les précédentes au cours de leur premier mois d’évolution.
À ce jour, 2.273 cas ont été recensés, dont 796 décès. « À titre de comparaison, l’épidémie d’Ebola de 2018-2019 en RDC avait mis plus de dix mois pour atteindre les 2.000 cas confirmés », a rappelé M. Lindmeier.
Autre sujet de préoccupation : plus de 80 % des nouvelles infections dues à la souche Bundibugyo sont détectées en dehors des listes de contacts connues, signe que des chaînes de transmission échappent encore à la surveillance sanitaire.
Pour les équipes de terrain, l’un des principaux défis consiste désormais à gagner la confiance des communautés. Les autorités sanitaires s’efforcent de convaincre les familles qu’il est possible d’organiser des funérailles dignes tout en respectant les protocoles de sécurité. Selon l’OMS, l’adhésion des populations est aujourd’hui aussi déterminante que les mesures médicales pour enrayer l’épidémie.
Des transferts de corps sous haute surveillance
Les équipes humanitaires ont déjà constaté les conséquences de ces pratiques. Selon M. Mbala, des résistances communautaires et même des agressions contre les équipes d’intervention ont été signalées lors de certains enterrements.
Il a notamment évoqué un incident dans la province de la Tshopo, où la manipulation d’une dépouille et un projet d’autopsie ont favorisé la propagation du virus vers une autre province, entraînant la confirmation de plusieurs nouveaux cas.
« C’est précisément pour cela que nous travaillons tous d’arrache-pied, toutes les agences confondues, afin de limiter la propagation des cas et de mettre un terme à cette épidémie », a-t-il ajouté.
Le transport des corps entre districts demeure un défi particulier, les familles souhaitant souvent enterrer leurs proches dans leur village d’origine.
Face à cette situation, l’OIM intervient dès qu’une dépouille est repérée le long d’un corridor de mobilité. L’agence alerte immédiatement les équipes de surveillance du gouvernement et de l’OMS, chargées des prélèvements et du dépistage.