Aston Villa a prêté avec obligation d’achat l’international congolais Aaron Wan-Bissaka, en provenance de West Ham, relégué cette année en deuxième division anglaise. Une arrivée du Léopard de 28 ans dans l’effectif de l’Espagne Unai Emery, qui est bien accueillie par Olivier Nduhungirehe, ministre rwandais des affaires étrangères. Pourtant, c’est ni le seul recrutement estival du Champion en titre de la League Europe ni un premier joueur africain de rejoindre un grand club Européen cette saison. Et Kinshasa et Kigali sont en tension permanente sur le plan militaire et diplomatique de suite à la guerre qui déchire l’est de la RDC, entre l’armée congolaise et ses alliés locaux y compris Bujumbura contre la milice du M23 soutenue par le gouvernement rwandais.
La réaction satisfaisante de Rwanda sur l’arrivée du latéral droit des Léopards à Aston Villa, est bien calculée, ainsi provocatrice, malgré que Kigali avait également salué la qualification historique de la RDC à la dernière édition de la Coupe du monde de football. Le club anglais a conclu un contrat avec le pays de Paul kagame en juillet de l’année en cours, reconnu par la marque « Visit Rwanda » sur les maillots de l’équipe. Une campagne de promotion touristique et un outil de diplomatie d’influence (soft power) mis en place par le gouvernement rwandais, via le Rwanda Development Board. Son objectif principal est d’attirer les voyageurs internationaux pour découvrir la faune du pays (notamment les gorilles de montagne), ses paysages et de stimuler l’économie nationale.
Le sponsoring sportif et les partenariats
La marque s’est fait connaître mondialement en s’affichant sur les maillots et dans les stades de grands clubs de football européens comme le Paris Saint-Germain et l’Arsenal. Une stratégie du pays de mille collines pour vendre positivement son image. Kigali utilise ces partenariats pour se positionner comme un pôle d’attraction moderne pour le tourisme, les affaires et les grands événements sportifs en Afrique.
Des contrats très controversés et sous le feu des critiques
En République démocratique du Congo (RDC) et au sein de diverses communautés internationales, ces contrats de sponsoring sont vivement critiqués. De nombreuses voix et autorités congolaises dénoncent une vitrine marketing utilisée pour détacher l’image du pays de son implication reprochée dans les conflits armés et le soutien aux rébellions dans l’est de la RDC.
Début 2025, après la chute de Goma par les rebelles du 23 mars (M23) avec l’appui de l’armée rwandaise sur les forces du Congo soutenues par la milice locale appelée Wazalendo, la ville stratégique et capitale provinciale du Nord-Kivu dans l’est de la RDC, zone frontalière avec le Rwanda, Kinshasa avait demandé aux clubs sous contrat avec le Rwanda à l’époque, notamment: Arsenal (Angleterre), le Paris Saint-Germain (France) et le FC Bayern Munich (Allemagne), de mettre fin à ce partenariat. « Votre sponsor est directement responsable de cette misère », écrivait Thérèse Kayikwamba Wagne, la cheffe de la diplomatie congolaise aux directions de ces équipes.
Une démarche de Kinshasa peu basculante
Après cette demande contre la campagne » visit Rwanda », une pétition en ligne a été lancée en France par un supporter du PSG qui dénonçait la responsabilité des autorités rwandaises dans la guerre en cours dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) qui provoque la crise humanitaire et enregistre le nombre record des déplacés suite violences armées dont femmes et enfants. Mais sans succès sur cet appel pour faire réagir les dirigeants du club de la capitale française.
En août 2025, le Bayern Munich avait décidé de réduire son partenariat avec le Rwanda sur fond de guerre dans l’est du Congo. Dans un communiqué intitulé « Nouvelle phase », le Bayern avait indiqué transformer l’accord de sponsoring « en une collaboration exclusive axée sur la promotion des jeunes talents », via son centre de développement à Kigali.
David Ekutshu